Portrait de Mathieu Guidère

Langage et santé mentale

Prof.Mathieu Guidère

Professeur des universités, directeur de recherches à l’INSERM

  • Santé mentale
  • Psychotraumatologie
  • Langage intérieur
  • Éco-anxiété
  • IA en psychiatrie
  • Linguistique prédictive
Adresse courte psynumia.com/guidere
  • INSERM
    directeur de recherches depuis 2018
  • 50+
    ouvrages publiés
  • 2024
    Le langage intérieur en psychothérapie (Dunod)
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Biographie

Mathieu Guidère est professeur des universités à l’Université Paris 8 et directeur de recherches à l’INSERM, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale. Ses travaux portent sur le langage comme révélateur et comme levier de la santé mentale : ce que les mots disent de la souffrance psychique, et ce qu’ils permettent d’en soigner.

Docteur en linguistique, il a fondé en 2006 la linguistique prédictive, une méthode d’analyse du discours qu’il applique aujourd’hui à la clinique : repérage des marqueurs psycholinguistiques du psychotraumatisme, étude du langage intérieur et de ses dérives, éco-anxiété, et usages de l’intelligence artificielle en psychiatrie. Avec le psychiatre Louis Jehel, il a cosigné Psychotraumatologie : les mots du trauma (Lavoisier, 2022) et Le langage intérieur en psychothérapie (Dunod, 2024).

Dans Santé mentale et relations internationales (L’Harmattan, 2026), il montre que la santé mentale individuelle et collective est devenue un enjeu de société et de souveraineté. Auteur de plus de cinquante ouvrages, il a enseigné aux universités de Lyon, de Genève et de Toulouse 2, et a fondé l’ONG suisse Médiateurs internationaux multilingues (MIM).

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Interview

Les questions de Psynumia

Anxiété, désespoir, trauma, solitude, éco-anxiété : avec Santé mentale et relations internationales (L’Harmattan, 2026), Mathieu Guidère montre que ces souffrances ne relèvent pas seulement de la sphère privée. Elles traversent des sociétés entières, sont amplifiées par l’économie de l’attention et peuvent être exploitées pour déstabiliser les esprits. L’ouvrage plaide pour reconnaître la santé mentale comme un bien collectif à protéger. Psynumia l’a interrogé sur cette santé mentale des peuples et de leurs dirigeants à l’ère du numérique.

  1. Votre livre s’ouvre sur la « généalogie d’un angle mort ». Pourquoi la santé mentale a-t-elle si longtemps été absente de l’analyse des relations internationales ?

    Parce que la discipline s’est construite sur l’idée d’acteurs rationnels, qui calculent leurs intérêts et leurs rapports de force. Les émotions y étaient au mieux un bruit de fond, au pire une faiblesse à éliminer. Quant à la santé mentale, elle relevait de la médecine et de la sphère privée, pas de la stratégie.

    Or ce cloisonnement ne tient plus. Les décisions sont prises par des êtres humains, dans des sociétés traversées par la peur, la colère ou l’épuisement. Ignorer cette dimension, c’est se condamner à mal comprendre une partie essentielle de ce qui se joue entre les nations.

  2. Vous consacrez un chapitre à la santé mentale des dirigeants et un autre à celle des peuples. Qu’est-ce qui les relie ?

    Un dirigeant n’est pas une abstraction. Le stress chronique, l’isolement du pouvoir ou un traumatisme ancien peuvent peser sur la perception des menaces et sur la prise de décision, surtout en temps de crise. C’est une question de sécurité, pas de curiosité biographique.

    Mais les dirigeants gouvernent aussi des populations dont l’état psychologique conditionne la confiance, la cohésion et l’acceptation des choix politiques. Une société anxieuse ou désabusée ne réagit pas comme une société confiante. Les deux niveaux se répondent en permanence.

  3. La deuxième partie passe en revue l’anxiété, le désespoir, le trauma, la défiance, la solitude, l’attention et l’éco-anxiété. Pourquoi ces affects-là ?

    Parce qu’ils sont à la fois massivement répandus et politiquement agissants. L’anxiété et l’éco-anxiété modifient le rapport à l’avenir, le désespoir et la solitude fragilisent les liens sociaux, le trauma laisse des traces durables après les guerres et les attentats, la défiance mine la parole publique.

    L’attention occupe une place à part : c’est la ressource que tout le monde se dispute. Celui qui capte l’attention oriente les émotions, et celui qui oriente les émotions influence la perception du réel.

  4. Vous écrivez que l’espace informationnel est aussi un espace affectif. Que voulez-vous dire ?

    Nos recherches en ligne, les contenus que nous consultons et nos réactions sur les réseaux laissent des traces. Elles révèlent ce qui nous inquiète, ce qui nous indigne, ce qui nous attire. L’économie de l’attention s’est construite sur ces émotions, car la colère, la peur ou l’indignation retiennent mieux l’attention que la nuance.

    Dès lors, l’information ne se contente plus d’informer : elle agit sur nos états mentaux. Et ce qui agit sur les états mentaux d’une population devient, de fait, un levier géopolitique.

  5. Dans la troisième partie, vous parlez de guerre cognitive et de « pessimisme armé ». De quoi s’agit-il ?

    La guerre cognitive vise l’esprit plutôt que le territoire. Il s’agit d’exploiter les vulnérabilités psychologiques d’une société, par la manipulation de l’information, pour semer le doute, diviser et affaiblir la volonté collective. Le renseignement médico-sanitaire, c’est-à-dire la connaissance de l’état de santé d’une population ou de ses dirigeants, en devient un outil.

    Le pessimisme armé en est l’une des formes les plus insidieuses : entretenir le sentiment que tout est perdu, que rien ne fonctionne, que l’avenir est fermé. Une société convaincue de son déclin se défend mal. C’est ce que j’appelle la déstabilisation cognitive.

  6. Comment s’en protéger ? Votre dernière partie évoque la sécurité, la défense, la vigilance et l’aguerrissement cognitifs.

    Il faut d’abord reconnaître que la santé mentale est un enjeu de souveraineté. Une nation qui laisse se dégrader l’équilibre psychologique de sa population s’expose, comme elle s’exposerait en négligeant sa défense ou son énergie.

    La sécurité cognitive relève des institutions, la défense cognitive de la capacité à détecter et contrer les manipulations, la vigilance de chacun d’entre nous. L’aguerrissement, enfin, consiste à renforcer la résistance psychologique des individus et des sociétés : savoir reconnaître une émotion fabriquée, prendre du recul, préserver son attention. C’est un travail d’éducation autant que de stratégie.

  7. À qui s’adresse ce livre ?

    Aux décideurs publics et privés, aux diplomates et aux militaires, aux soignants et aux chercheurs, mais aussi à tous ceux qui sentent que leur inquiétude face au monde n’est pas seulement personnelle. Le livre se situe à la croisée de la psychologie et de la géopolitique, et c’est précisément ce croisement qui manque aujourd’hui pour comprendre notre époque.

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Publications

Santé mentale et relations internationales, L’Harmattan
Livre

Santé mentale et relations internationales

Géopolitique des affects à l’ère du numérique
L’Harmattan · 1 octobre 2026 · 356 pages · ISBN 978-2-336-64916-0

La santé mentale est devenue un champ de confrontation géopolitique. En reliant l’économie de l’attention aux rapports de puissance, l’auteur montre comment la santé mentale individuelle et collective influe sur la perception des menaces, les décisions, la confiance et la cohésion sociale, et comment des puissances rivales exploitent ces vulnérabilités par la guerre cognitive et la manipulation de l’information.

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